Comprendre le texte

Fournisseur ou déployeur d'IA : comment savoir de quel côté vous êtes

C'est la question la plus mal comprise du règlement, et celle qui fait acheter des prestations inutiles. Voici comment trancher, obligation par obligation.

Mis à jour le 4 août 2026 · 8 min de lecture

Deux professionnels devant un tableau blanc discutant des rôlesImage générée par IA

Deux rôles, deux régimes

L'article 3 du règlement définit le fournisseur comme la personne qui développe un système d'IA ou le fait développer, et le met sur le marché ou en service sous son propre nom ou sa propre marque. Le déployeur est celui qui utilise un système d'IA sous sa propre autorité, sauf dans le cadre d'une activité personnelle non professionnelle.

Traduit en français courant : celui qui fabrique, et celui qui se sert.

La répartition réelle des obligations de l'article 50

C'est le tableau qu'il faut avoir en tête. Il évite de payer pour des obligations qui ne sont pas les vôtres.

ParagrapheObligationQui est tenu
50(1)Informer la personne qu'elle interagit avec une IAFournisseur
50(2)Marquer les contenus générés dans un format lisible par machineFournisseur
50(3)Informer les personnes exposées à un système de reconnaissance des émotions ou de catégorisation biométriqueDéployeur
50(4)Signaler les images, sons et vidéos générés ou manipulés (deepfakes), et certains textes d'intérêt publicDéployeur

Autrement dit : le filigrane technique n'est pas votre problème. Le signalement visible de ce que vous publiez, si.

L'article 25, la bascule que personne ne voit venir

L'article 25 prévoit qu'un déployeur, un distributeur ou un importateur est considéré comme un fournisseur, et se voit appliquer l'intégralité des obligations correspondantes, dans trois cas.

  1. Il appose son nom ou sa marque sur un système d'IA déjà mis sur le marché.
  2. Il apporte une modification substantielle à un système d'IA à haut risque déjà mis sur le marché.
  3. Il modifie la destination d'un système, au point de le faire entrer dans la catégorie haut risque.

Le premier cas est le plus fréquent chez les PME. Vous achetez une solution de chatbot en marque blanche, vous l'appelez « l'assistant de [votre entreprise] », vous l'alimentez avec vos contenus. Vous venez de basculer.

En pratique

Le test simple : si votre client, en voyant l'outil, pense qu'il s'agit de votre outil et non de celui d'un tiers, vous êtes probablement fournisseur au sens de l'article 25. Le nom affiché et l'apparence comptent plus que le contrat que vous avez signé avec l'éditeur.

Trois situations concrètes

Un cabinet comptable dont les collaborateurs rédigent des synthèses avec ChatGPT. Déployeur, uniquement. Aucune obligation de marquage. L'article 4 sur la formation s'applique. Si des documents destinés au public sont publiés, l'exemption de relecture humaine joue généralement.

Une agence de communication qui publie des visuels générés par IA pour ses clients. Déployeur, avec l'obligation de l'article 50(4) : les images générées ou manipulées doivent être signalées comme telles. C'est une obligation qui porte sur la publication, donc sur l'agence et sur l'annonceur selon la répartition contractuelle.

Un site e-commerce avec un assistant conversationnel à sa marque. Fournisseur au sens de l'article 25, très probablement. Le régime complet s'applique, à commencer par l'information de l'utilisateur au premier contact.

Pourquoi cette distinction vous fait économiser de l'argent

Beaucoup de prestations vendues aujourd'hui promettent une conformité totale à l'article 50, marquage technique compris. Si vous êtes uniquement déployeur, une partie de ce périmètre n'est tout simplement pas la vôtre, et le prestataire ne peut de toute façon rien y faire : le filigrane est produit par le modèle, pas par votre site.

Ce que vous devez couvrir, c'est ce qui relève de vous : le registre de vos usages, la charte de vos salariés, le signalement de ce que vous publiez, et la formation prévue par l'article 4.

Comment on tranche pour vous

Le diagnostic gratuit pose la question sous quatre angles différents, parce qu'un dirigeant ne sait pas toujours ce qui a été installé sur son propre site. Le rapport vous dit à quel titre vous êtes tenu, obligation par obligation, et ce que vous pouvez ignorer.

Questions fréquentes

Suis-je fournisseur si j'utilise l'API d'OpenAI dans mon produit ?

Cela dépend de ce que vous en faites. Si vous intégrez l'API dans un produit que vous commercialisez sous votre marque, vous êtes fournisseur du système que vous mettez sur le marché, au sens de l'article 25. Si vous l'utilisez en interne, vous restez déployeur.

Mon prestataire doit-il gérer ma conformité à ma place ?

En partie seulement. Le marquage technique des contenus relève du fournisseur du modèle. Mais la formation de vos salariés, le registre de vos usages et le signalement de ce que vous publiez restent vos obligations propres.

Un chatbot à ma marque me rend-il fournisseur ?

Très probablement, oui. L'article 25(1)(a) vise expressément l'apposition de son nom ou de sa marque sur un système d'IA déjà mis sur le marché.

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